Les bonnes pratiques des employeurs

On ne va pas se mentir : c'est vraiment dur, la plupart du temps, d'obtenir que nos droits soient respectés, que la relation soit fluide, efficace, pro. 

Mais plutôt que de dresser un inventaire de tout ce qui nous met en colère, nous déçoit, nous démoralise, tentons de dresser des recettes à destination des employeurs de bonne volonté. Des "règles d'or" qu'ils seraient bien inspirés de suivre, mais aussi des expériences bien réelles, mises en place dans certains médias, et qui font tellement de bien aux pigistes ! Oui, les employeurs réglos, qui nous font sentir membres à part entière de leur rédaction, tout en prenant en compte notre spécificité, cela existe ! 

Cet espace est ouvert à tous ces petits défis relevés, ces bonnes pratiques à plagier sans état d'âme. Vous ne pourrez plus dire "ce n'est pas possible" : d'autres l'ont fait ! Et si vous voulez d'autres idées, à notre connaissance pas encore réalisées, on nous en propose aussi !

AVERTISSEMENT : les points positifs relevés ici ne sont pas synonymes d'approbation générale, par la CFDT, des pratiques des employeurs en question. Il s'agit juste d'idées que nous jugeons intéressantes à explorer. C'est pourquoi nous avons anonymisé les exemples, pour n'en retenir que le concept. 

 

 

Les règles d'or du donneur d'ordre au top

 

  • Si j'ai été pigiste, ne jamais l'oublier
  • Prévenir  de ses dates de vacances, RTT ou absences pour formation
  • Se renseigner sur le statut de journaliste. Savoir qu'il est salarié
  • Ne pas oublier que le journaliste pigiste est salarié, certes sans contraintes horaires, et qu'il a plusieurs employeurs pour vivre
    correctement
  • Ne pas attribuer à un pigiste l'idée donnée par un autre : volontairement ou par oubli !
  • Ne pas oublier de répondre aux propositions de sujets, même par la négative
  • Etablir un bon de commande précis et écrit, avec le nombre de signes, les photos commandés, en précisant la date de remise de l'article, et la rémunération et la date de paiement (à parution ou un mois après parution). Avec le numéro de sécu sur le bon de commande, c'est mieux encore (pour prouver si besoin était le statut de salarié)
  • Faire un point régulier  avec le pigiste en fonction de la périodicité du support sur son travail. 
  • Eviter de demander des papiers dans l'urgence quand ce n'est pas de l'actu chaude
  • Gérer les conflits de manière correcte et franche, avec un vrai entretien, sans laisser couler…
  • Oser signaler à un pigiste quand son écriture pêche un peu, que son angle n'est pas tenu, ou toute autre faiblesse, et explorer avec lui des pistes d'amélioration, plutôt que de le mettre au placard sans rien dire
  • Proposer à ses pigistes réguliers des formations dans le cadre du nouvel accord sur la formation professionnelle

 

Lire aussi : Les règles d'or du pigiste au top 

 

Ils l'ont fait !

 

Accorder un fixe minimum aux pigistes les plus réguliers

Expérimenté par  : le groupe Bayard Presse

Dès 18 mois de collaboration, au moins 6 bulletins de paie sur les 12 derniers mois et un total de revenus correspondant à 50% de la rémunération minimale conventionnelle d’un rédacteur coefficient 100 de la convention collective PHP-SPPMO-1ere catégorie - soit environ 10000€ brut annuel, le pigiste peut signer un contrat officiellement CDI de "pigiste régulier". Il garantit au pigiste un revenu mensuel régulier : un fixe minimum, que l'on appelle aussi "forfait", correspondant à 80% de la moyenne des salaires des 12 ou 18 derniers mois (on retient le plus avantageux). Il touche tous les mois ce forfait, indépendamment de son activité réelle. Mais il reste pigiste, payé proportionnellement à son travail effectif. A la fin de l’année, on fait les comptes  : si le montant des piges réelles est supérieur au montant des salaires perçus, le complément est versé sur le salaire de décembre. A l’inverse, si le montant des piges est inférieur à ce qui a été perçu, le pigiste ne rembourse pas, puisque le revenu est garanti. La baisse d’activité est encadrée par l’accord, et une clause précise dans quelles conditions le pigiste peut être licencié. A noter : cet accord est le "bébé" de la CFDT !


WKF - Livret d'accueil des  journalistes pigistes_1.jpg

Document réalisé par
la direction et les syndicats 

 

Réaliser un "livret d'accueil des pigistes"

Expérimenté par : le groupe WKF

Près de 30 pages d'informations sur les droits des pigistes en général (convention collective, mutuelle, retraite....), les accords d'entreprise, les tarifs, la décomposition de la rémunération... mais aussi l'organigramme des élus syndicaux.... Une véritable bible !

 

 

 

 

 

 

Organiser une formation pour ses pigistes, au sein de la rédaction

Expérimenté par : le magazine Faire Face (presse associative)

Durant deux jours, la rédactrice en chef, dont la rédaction n'est constituée que d'une journaliste "en pied", le reste de l'équipe étant des pigistes, a réuni cinq pigistes réguliers, en plus de sa journaliste en pied, pour une formation sur l'écriture incitative. Tous les frais (hôtel, train, repas) étaient payés, seules les journées n'étaient pas défrayées. Une bonne opportunité pour resserrer les liens entre membres d'une même rédaction, dans une atmosphère conviviale, sans aucune considération de concurrence.

 

 

Réaliser un "mémo du pigiste"

Expérimenté par : un titre de presse professionnelle

Cet hebdomadaire de presse professionnelle ayant des correspondants en région leur transmet un «Mémo pigiste» de deux pages, précisant

  • la charte éditoriale du magazine, son positionnement par rapport à ses concurrents, sa cible, son ton
  • la nécessité de «respecter les consignes d’indépendance» (neutralité du titre) et de vérifier ses infos
  • le mode de traitement de l’actualité régionale : les sujets attendus, les types de formats avec lignages, le jour de la conférence de rédaction hebdomadaire (afin que les pigistes fassent leurs propositions en amont)
  • les consignes concernant les photos
  • les consignes concernant les remboursements de frais
  • d’envoyer une «feuille de pige» chaque mois récapitulant les papiers parus
  • des consignes sur l’intitulé des mails pour échanger avec la rédaction

Quel bonheur d’être ainsi considéré, avec des consignes claires, identiques pour tous !

 

 

Inviter les pigistes très réguliers ou « titulaires » d’une rubrique à la réunion de programmation de temps à autre

Expérimenté par deux titres de presse magazine

« Deux des titres auxquels je contribue très régulièrement m’invitent de temps à autre (deux fois par an environ) à leurs réunions de programmation. L’un d’entre eux est un mensuel, et nous programmons à grands traits le chemin de fer de deux numéros à la fois. L’autre est un bimestriel, qui programme numéro par numéro. Assister à ces longues réunions (une demi-journée, en général), est très précieux pour moi : je vois les débats qui agitent les rédactions, j’entends les interventions d’interlocuteurs auxquels je n’ai jamais à faire (commerciaux, responsables de la vente aux numéros, régie pub…). Cela me permet de comprendre certaines décisions, d’être plus pertinente dans mes propositions de sujets. Et bien sûr, de défendre moi-même mes idées, de les remodeler avec l’équipe, d’ajuster certains angles. J’apporte aussi mon point de vue « extérieur », voire rural (en tout cas ni parisien, ni même citadin), sur les autres sujets. Tout le monde semble en sortir gagnant. L'un me paie le billet de train (mais pas le temps de travail). Ils m’avaient également demandé une réflexion sur le cahier dont je m'occupe, en prévision de la nouvelle formule, et m’ont rémunérée 200 euros en pige pour cela. L’autre rédaction ne paie pas les frais ni le temps de travail. En revanche, on en revient bien évidemment avec des papiers commandés."

 

 

Vous aussi avez expérimenté des bonnes idées à partager ? Ecrivez-nous !

 

 

Pourquoi pas le faire ?

 

  • donner accès au serveur de la rédaction aux pigistes. Un des intérêts : leur permettre de relire leurs papiers jusqu’au BAT, et donc vérifier si des coquilles ne se sont pas introduites
  • proposer un entretien individuel annuel à vos pigistes pour faire le point sur leur collaboration
  • faire le point avec vos pigistes ayant suivi une formation, sur ce qu'ils en ont retiré et comment la mettre en pratique.
  • rémunérer le temps passé en formation (et pas juste la formation)
  • envoyer à vos pigistes un organigramme de la rédaction, avec les numéros de téléphones
  • transmettre les compte-rendus de DP et CE
  • intégrer les pigistes dans votre société des journalistes ou autre instance de dialogue interne à la rédaction
  • intégrer vos pigistes dans l'organigramme de la rédaction, sur votre site internet. Ils se sentiront reconnus !
  • fournir à vos pigistes une adresse mail dédiée à votre titre et des cartes de visite
  • montrer votre solidarité. En 2007, les journalistes de l'Equipe ont ainsi fait grève pour soutenir les pigistes réguliers.
  • mettre en place un fonctionnement collectif transparent pour les propositions de piges et réponses, afin que tous les pigistes d'une même rédaction voient les propositions des autres, et les raisons des accords ou refus. Cela permet de s'ajuster et rend moins parano !